Histoire du site de Tanis de la XXIe dynastie à l'époque byzantine

 

Origine de Tanis

 

Située sur le territoire du 19e nome de Basse Egypte, à l’Est de la branche tanitique du Nil, Djanet (Tanis) fut capitale politique sous la XXIe dynastie et capitale religieuse et funéraire sous la XXIIe dynastie. Elle demeura une ville importante jusqu’au premier siècle de l’époque romaine et continua d’être mentionnée au début de l’époque copte comme le siège d’un évêché, ainsi que d’un monastère d’une certaine notoriété.

Les traces matérielles du siècle qui précéda les constructions monumentales de Psousennès Ier sont limitées aux hauteurs sableuses qui formaient le paysage avant l’édification du temple d’Amon. Elles sont constituées d’inhumations, la plupart en plein sable et d’autres en cercueils sabot en terre cuite. Certaines de ces tombes furent interprétées par erreur comme des sacrifices humains par Pierre Montet. Elles correspondaient probablement à celles des habitants de la cité portuaire dont les décombres sont sans doute enfouis quelque part sous l’agglomération moderne.

Partout sur le site, là où des fouilles ont été effectuées, les couches de la Troisième Période Intermédiaire reposent sur le substrat sableux, occupé ou non, par des inhumations. Aucune couche antérieure n’a jamais été repérée, ni retrouvé aucun tesson datable des Nouvel, Moyen et Ancien Empires.

 

Sous la Troisième Période Intermédiaire

 

La ville fut marquée par la construction de trois enceintes autour des temenos d’Amon et de Mout au Nord du tell et d’Amon d’Opé au Sud. Celle d’Amon fut élevée à l’aide de grosses briques marquées au cartouche de Psousennès Ier. Ses deux faces étaient décorées de lignes blanches horizontales, régulièrement espacées, l’extérieur étant par ailleurs doté d’un lourd système de redans. Avec une hauteur actuelle d’une quinzaine de mètres par endroit, l’enceinte pouvait atteindre une trentaine de mètres dans l’antiquité. Dans la mesure où toutes les collines alentour n’existaient pas à leur époque, puisqu’elles sont de constitution archéologique plus tardive, les trois enceintes devaient marquer le paysage dans la plaine environnante de manière très impressionnante.

L’enceinte de Psousennès Ier semble n’avoir possédé qu’une très étroite entrée à l’Ouest, sous l’actuelle porte de Chéchanq III. Cette caractéristique étonnante pour une enceinte est peut-être due à la présence des tombes royales dans le temenos. L’espace intérieur paraît avoir été subdivisé par un épais mur en brique crue fonctionnant comme clôture spécifique pour le temple d'Amon, toute la partie ouest étant probablement dévolue au domaine funéraire. La nature de l’occupation de la zone au Nord est inconnue et l’existence du Lac Sacré à cette époque n’est pas établie. Il existait un temple de Khonsou dès cette époque, dont la position reste incertaine.

Le temple de l’Est, dont la colonnade de granite inscrite au nom d’Osorkon II paraissait établir que le site s’était développé vers l’Est sous la XXIIe dynastie, est englobé dans une enceinte ne pouvant être antérieure à la XXVIe dynastie. Il est donc fort probable que ses colonnes soient un remploi et que son édification soit postérieure à la Troisième Période Intermédiaire.

Dans le temple de Mout, un très long segment d’une quatrième enceinte paraît devoir être datée de la Troisième Période Intermédiaire, sans que son rapport avec l’enceinte de Siamon ne soit actuellement établi avec clarté. 

 

Sous les époques ultérieures

 

Un examen attentif fait apparaître le rôle de la XXVIe dynastie et des dynasties voisines. Le temple de Mout fut doté sous Apriès de six colonnes en granite, et les fouilles récentes montrent une activité intense dans ce secteur à cette époque. Psammétique Ier est également connu par des éléments de colonnes en calcaire remployés dans le Lac Sacré. Les fouilles récentes ont montré que le grand mur en calcaire clôturant le temple d’Amon existait en fait bien avant l’intervention de Nectanebo Ier sous la XXXe dynastie, et que les trois puits en calcaire au nord de l’avant-cour du temple d'Amon ont eu une phase saïto-perse avant d’être restaurés vers la XXXe dynastie. La dynastie saïte fut également active dans le temple d’Amon d’Opé où Apriès fit réaliser des travaux.

Il semble que l’extension maximale du temple d’Amon, telle que les ruines la dessinent de nos jours, fut atteinte entre la XXVIe et la XXXe dynastie. Le temple de Khonsou ainsi que le Lac Sacré furent établis sous leur forme actuelle sous la XXXe dynastie. Un temple d’Horus fut installé au Sud-est de celui d’Amon. Pour englober ces monuments, furent mises en place les grandes lignes d’une enceinte d’Amon beaucoup plus vaste.

L’époque ptolémaïque fixa cette grande enceinte. Marqué par le développement du culte d’Horus de Mesen, l’ensemble du site connut probablement des transformations significatives. Le temple d’Amon ne semble pas avoir reçu d’aménagements supplémentaires, si ce n’est une chapelle à l’Ouest de la Porte Monumentale. Bien au contraire, un certain nombre d’indices laissent à penser que les premier et deuxième pylônes furent démontés durant la période ptolémaïque, de même qu’un des murs de clôture du fond du temple. Peut-être faut-il voir là les effets du besoin de se procurer, à bon compte, les matériaux nécessaires à la construction du vaste temple d’Horus de Mesen qui fut élevé dans le centre du tell à cette époque. C’est aussi sous les règnes des souverains hellénistiques que le temple d’Amon d’Opé fut supprimé en très grande partie, probablement dans le cadre de la même opération. En revanche, le temple d’Horus, inclu dans le temenos d’Amon, fut intégralement reconstruit, ainsi que le temple de Mout, bien que sur des bases sensiblement plus petites que l’édifice précédent pour ce dernier.

Durant le Haut Empire, la ville de Tanis continua probablement de fonctionner comme une métropole régionale active. Durant l’époque byzantine, les temples constituèrent une richesse économique en se transformant en carrières de pierre qui fonctionnèrent certainement durant de longues décennies. Bien peu subsiste de la cité de Tanis figurée sur la mosaïque de l’église de Madaba en Jordanie et les temps n’étaient plus loin où les lieux allaient s’éteindre dans la pluie et le vent pour prendre lentement l’aspect lunaire et poudreux rencontré par les premiers visiteurs à l’aube du XIXe siècle.

 

temenos Amon Tanis